Les travailleurs québécois font les frais de la délocalisation

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La décision de Bombardier de délocaliser des activités de fabrication aéronautique dans des pays à faibles coûts se fait sentir chez ses travailleurs québécois.

Selon leur syndicat, l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), 92 postes ont été supprimés à l’usine de l’arrondissement de Saint-Laurent depuis le mois d’avril : 24 dans la section des matériaux composites, 32 dans celle du traitement de surface et 36 dans celle de la tôlerie. Les tâches de ces salariés sont désormais réalisées aux installations de Bombardier dans l’État de Querétaro, au Mexique, inaugurées en 2006. D’autres délocalisations pourraient avoir lieu au cours des prochains mois.

«On doit transférer la production de certains types de produits qu’on n’est pas capables de faire de façon concurrentielle en Amérique du Nord et en Europe vers nos autres usines ou vers des fournisseurs pour optimiser nos coûts, gagner d’autres contrats et créer des emplois à l’avenir», soutient Haley Dunne, porte-parole de Bombardier Aérostructures et Services d’ingénierie, au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse.

«C’est toujours la même explication qu’on nous sert», déplore David Chartrand, coordonnateur québécois de l’AIMTA.

Au total, une cinquantaine de travailleurs québécois ont été licenciés, puisque 14 travailleurs ont eu droit à une retraite anticipée et que deux ont accepté des départs volontaires, tandis que 12 ont été recyclés dans l’assemblage de circuits électriques et que 8 autres sont devenus peintres.

«On a essayé de limiter les dégâts le plus possible. C’est sûr qu’on est mieux de faire 50% d’un avion qui se vend que 100% d’un avion qui ne se vend pas», ajoute David Chartrand.

À Belfast et à Toronto aussi
L’usine de Bombardier à Belfast, en Irlande du Nord, subit également les effets de la délocalisation. Un nombre indéterminé de postes sont en train d’être transférés à la nouvelle usine que le constructeur a établie près de Casablanca, au Maroc, en 2014.

Rappelons en outre qu’il y a deux mois, Bombardier s’est entendue avec ses syndiqués torontois pour transférer au Mexique la production des ailes de l’avion turbopropulsé Q400 et en Chine la fabrication du poste de pilotage de l’appareil. Quelque 200 travailleurs torontois seront envoyés à la retraite ou licenciés.

Lors d’une présentation devant les investisseurs à New York, l’an dernier, des dirigeants de Bombardier avaient indiqué que le «transfert de la production de moindre valeur» vers des pays à faibles coûts avait le potentiel de générer des «économies cumulatives d’au moins 60 millions US» en 2020. Ils avaient assuré que le Canada et le Royaume-Uni allaient conserver la responsabilité des «tâches complexes» et de «l’ensemble de la recherche et développement».

Au sein des activités aéronautiques de Bombardier, le nombre de syndiqués québécois est passé d’environ 8500 en 2000 à 4500 aujourd’hui, note David Chartrand. Celui-ci se désole que le gouvernement Couillard n’ait pas exigé que Bombardier garantisse la création d’emplois au Québec dans le cadre de son investissement de 1 milliard US dans le programme d’avions C Series.

Cela dit, le Mexique n’a pas été épargné par les nombreuses suppressions de postes effectuées par Bombardier ces dernières années. Les installations de Querétaro emploient actuellement 1500 personnes, soit 300 de moins qu’en 2014. L’annulation du projet d’avion d’affaires Learjet 85 explique une partie de la baisse, puisque la structure de l’avion devait être produite au Mexique.

Au Maroc, Bombardier compte actuellement 300 salariés. Ce nombre pourrait atteindre 800 en 2020 «en fonction de nos besoins», a précisé Mme Dunne.